Créativité, Innovation

Comment déformons-nous le temps ?

Imaginez-vous regarder un film sur un écran. Vous voyez des personnages et des objets en mouvement et tout est normal puisqu’il s’agit d’un film. Imaginez maintenant que vous vous transformez en mouche et que vous regardez ce même film, des personnages et des objets…immobiles. Ce film n’est plus un film mais plutôt une succession d’images fixes, un diaporama. Le seuil critique de perception visuel de la mouche est quatre fois plus rapide que le notre. Elle a des yeux tellement sensibles et un système nerveux tellement rapide pour interpréter la réalité que ce qu’elle voit correspond plus à cette réalité qui nous échappe : une succession d’images fixes, 24 par seconde pour être précis. La réalité projetée sur cet écran est ainsi plus justement perçue par la mouche que par l’homme.

C’est par l’intermédiaire de nos sens que nous percevons le monde extérieur. Hors si nos sens nous trompent, le monde extérieur n’est vraisemblablement pas conforme au monde que nous percevons. Alors je pose la question : le monde extérieur existe-t-il vraiment ?

De récentes recherches ont permis d’identifier différentes signatures de la conscience d’accès chez l’homme. Pour cela les scientifiques ont observé les réponses neurophysiologiques à un stimulus provenant de l’environnement extérieur : la perception d’une image nouvelle par exemple. D’abord l’embrasement de plusieurs régions du cortex ou les neurones rentrent en forte vibration en s’amplifiant au fur et à mesure jusqu’à observer un pic. Une seconde signature, l’apparition de l’onde P300. Une intense onde d’électricité positive qui parcoure le cerveau de l’arrière vers l’avant. Cette onde surgit 300 millisecondes après l’apparition du stimulus. Une troisième signature de la conscience se manifeste sous la forme d’une longue activité de haute fréquence proche de l’activité gamma (40 Hertz). Enfin, en l’état des recherches actuelles, une quatrième signature se présente sous la forme de signaux électromagnétiques en mouvements mimétiques : des neurones appartenant à des régions cérébrales très éloignées se mettant à vibrer sur la même bande de fréquence.

Il nous faut 300 millisecondes pour accéder à la conscience d’un stimulus nouveau. Et lorsque le danger surgit, l’amygdale traite l’information de façon plus rapide : 12 millisecondes. Dans tous les cas, un temps de latence persiste entre la réalité et la perception de cette réalité si tant est que l’on puisse parler de réalité ou de monde extérieur. La distorsion du temps et de l’espace transforme l’expérience vécue et inversement. N’avez-vous pas déjà pris conscience de la façon dont nous modifions notre propre perception du temps lorsque nous faisons quelque chose qui nous passionne ou à l’inverse qui nous ennuie ? Le temps passe plus vite ou plus lentement. Et au fond la seule chose qui puisse nous rendre vraiment présent au monde, au notre, celui que l’on se construit, c’est bien la qualité de temps que l’on s’octroie à défaut de la quantité de temps, « le kairos », l’expérience ou la conscience phénoménale de l’ici et maintenant. Cette qualité de temps est tout aussi importante à cultiver dans notre vie personnelle que dans notre vie professionnelle. Elle va déterminer la qualité de la relation intra et interpersonnelle, absorber les apprentissages avec encore plus de puissance, mobiliser et éveiller nos six sens au point de stimuler l’ouverture de notre propre champ de perception de façon unique pour trouver de nouvelles solutions et éventuellement raccourcir ce temps de latence jusqu’à se sentir en parfaite synchronisation et synchronicité avec le rythme, les vibrations de la vie, ici et maintenant en pleine conscience. Allez, venez stimuler votre qualia, votre kairos, votre conscience avec ACOA.

Rédacteur : Albéric de Solère